Le Burkina Faso a fait de l’autosuffisance et de la souveraineté alimentaire et nutritionnelle un objectif fondamental à atteindre. Des réformes ont été opérées dans le secteur de la production agro-sylvo-pastorale, halieutique et faunique, des Initiatives diverses ont été lancées et les partenaires techniques et financiers sont mobilisés pour apporter leur concours à la nouvelle dynamique amorcée. En juillet 2023, le Ministre de l’Agriculture, des Ressources animales et Halieutiques, Commandant Ismaël Sombié lance l’Offensive Agropastorale, halieutique et faunique 2023-2025 (OAPH) afin de fédérer les énergies et les orienter vers l’ultime but : accroitre de « façon substantielle » la production agrosylvopastorale. Pour atteindre cet objectif, l’autorité prend des mesures sans complaisance pour baliser le terrain. L’un des grands chantiers a concerné la maîtrise du sous-secteur des engrais, des intrants et matériaux agropastoraux. Le rôle stratégique des engrais est reconnu : Sans des fertilisants de qualité, les efforts seront vains. Et très vite, le Commandant décide de procéder à des réformes afin de faire des engrais, un outil de conquête de la souveraineté alimentaire du Burkina Faso.
Jacques Sosthène Dingara, Secrétaire général du gouvernement est le grand invité du Journal télévisé de 20h sur les antennes de la Radiotélévision du Burkina (RTB) ce dimanche 25 juin 2023. L’annonce du passage de ce monsieur au JT de 20h de la chaîne au cœur des grands évènements est un tacite appel à la mobilisation générale en cette période tumultueuse de l’histoire socio-politique du Burkina Faso. Inéluctablement, le Secrétaire général du gouvernement était porteur d’un message central qui allait encore affecter la vie sociopolitique d’un Burkina Faso à l’épreuve. Lorsqu’il se présente, Jacques Sosthène Dingara, d’un air décontracté, fait la lecture d’un décret présidentiel portant remaniement du gouvernement de la transition burkinabè. Dans ce gouvernement remanié, on note quatre (4) départs dont celui remarqué du Dr Dénis Ouédraogo, Ministre de l’Agriculture, des Ressources animales et Halieutiques. Le Chercheur burkinabè a été invité à céder le portefeuille ministériel au Commandant Ismaël Sombié, précédemment directeur général de la Société nationale de gestion des stocks de sécurité alimentaire (SONAGESS). Il arrive avec la mission d’accélérer et dynamiser le processus de conquête de l’autosuffisance et de la souveraineté alimentaire. Mais, en juin 2023, les dés de la campagne agricole 2023-2024 étaient déjà lancés. Le Commandant avait donc une marge de manœuvre très réduite. Il se retrouve plus ou moins dans une posture de superviseur général d’une campagne lancée par son prédécesseur. Il va suivre de près la mise en œuvre des actions déployées par son prédécesseur au nom de la continuité de l’Etat ; mais loin de l’ambiance de cette campagne, le Commandant Sombié travaillait à élaborer et à présenter au gouvernement un plan structuré et ambitieux qui devrait permettre au Burkina Faso d’aller à la conquête de sa souveraineté alimentaire et nutritionnelle, au-delà des discours et des slogans.
Le 30 août 2023, le gouvernement burkinabè est réuni autour du Capitaine Ibrahim Traoré pour son traditionnel conseil des ministres hebdomadaire. Au cours de cette rencontre, le Commandant Ismaël Sombié informe le gouvernement du lancement « d’un plan opérationnel pour la souveraineté alimentaire et la création d’emplois décents dans le secteur agropastoral ». Selon le compte rendu de la rencontre gouvernementale, ce plan, baptisé « Offensive agropastorale et halieutique 2023-2025 « constitue un cadre de programmation d’actions prioritaires émanant de l’action des multiples acteurs et instruments de la Transition en matière d’agriculture et d’élevage pour assurer la souveraineté alimentaire dans notre pays. ». Il s’agissait donc pour les autorités burkinabè de fédérer les efforts du public, du privé et des Partenaires techniques et financiers autour d’un outil afin de mieux conquérir la souveraineté alimentaire et nutritionnelle du Burkina Faso.
Dès le lancement de l’OAPH 2023-2025, le Ministre Sombié a procédé à des réformes profondes dans nombre de sous-secteurs de l’agriculture. Il fallait nécessairement baliser le terrain et créer les conditions optimales pour que les objectifs déclinés dans l’OAPH puissent être atteints. Le Commandant Sombié scrute alors les structures d’accompagnement pour évaluer leur efficacité et s’assurer de leur capacité à pouvoir soutenir la nouvelle dynamique. Lorsque son regard se pose sur le sous-secteur stratégique des intrants agricoles, le Commandant Ismaël Sombié sort son Bic rouge.
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Le 20 mars 2024, le gouvernement est réuni en Conseil des ministres à Ouagadougou. A la sortie de cette traditionnelle rencontre hebdomadaire du gouvernement burkinabè, le Ministre en charge de la Communication et porte-parole du gouvernement, Jean Emmanuel Ouédraogo a à ses côtés le Commandant Ismaël Sombié, le Ministre en charge de l’Agriculture. Des grandes décisions prises par le gouvernement au cours de leur rencontre, le Commandant Sombié annonce la dissolution de la Centrale d’approvisionnement en intrants et matériels agricoles (CAIMA). Pour le gouvernement, la CAIMA est une structure défaillante dont le « fonctionnement a révélé des contre-performances avec un risque de paralysie du secteur agricole pouvant compromettre l’atteinte de la sécurité alimentaire. » Il n’était donc pas question pour l’autorité de laisser en l’état une telle structure qui va faire couler les ambitions d’un peuple et briser une dynamique nationale.
Au-delà de la dissolution de la CAIMA, les autorités burkinabè ont procédé à une analyse globale et stratégique du rôle des engrais dans la conquête de la souveraineté alimentaire. Cette souveraineté alimentaire serait un leurre sans une parfaite maîtrise des chaînes d’approvisionnement et de distribution des engrais sur toute l’étendue du territoire national. Il fallait donc trouver une formule pour permettre à l’Etat de renforcer sa maîtrise sur les engrais.
Sur les cendres de la CAIMA, le gouvernement décide alors de la création d’une nouvelle société d’Etat en charge des engrais. Dénommée Société Burkinabè des Intrants et matériaux agropastoraux (SOBIMAP), cette nouvelle société est la seule habilitée à importer des engrais au Burkina Faso. Toute autre importation d’engrais au Burkina Faso en dehors des circuits de la SOBIMAP est désormais frauduleuse et donc passible de poursuite judiciaire. Il s’agit d’une décision ferme qui témoigne, de la reconnaissance de l’Etat de l’importance XXL des engrais, devenus aujourd’hui un véritable enjeu géopolitique international ; mais aussi de sa volonté d’avoir un contrôle sur ces engrais.
Au-delà de cette raison fondamentale d’avoir une plus grande maîtrise sur le secteur des engrais afin de favoriser l’atteinte des objectifs de souveraineté alimentaire et nutritionnelle, le monopole accordé à la SOBIMAP sur les importations d’engrais permet au Burkina Faso d’atteindre d’autres objectifs non moins importantes.
Cette maîtrise des engrais permettra d’abord de pouvoir barrer la route aux abonnés à la fraude. Ce sont plusieurs tonnes d’engrais, souvent non homologués, qui entraient au Burkina Faso par des circuits frauduleux. En plus de représenter un risque environnemental élevé, ces engrais représentaient également un risque réel pour la santé publique des populations et des animaux. Le manque a gagné en termes de ressources financières reste en outre très important. Ces engrais non homologués, distribués sur les marchés locaux sont d’abord de piètre qualité et compromettent les objectifs de production agropastorale nationale. Et comme si tout cela ne suffisait pas, ces engrais contribuent à alimenter les réseaux terroristes qui savent les utiliser à des fins criminelles.
L’un dans l’autre, il était important pour l’Etat burkinabè de renforcer sa maîtrise sur le secteur des engrais pour des raisons de sécurité alimentaire, de sécurité nationale et pour le développement socio-économique du pays. La décision d’octroyer le monopole de l’importation des engrais à la SOBIMAP bouleverse cependant les activités des acteurs privés dont le modèle économique était basé sur les importations des engrais de qualité. Ce modèle est certes remis en cause, au nom de l’intérêt national ; mais la création de la SOBIMAP et le monopole qu’il détient n’efface pas pour autant le secteur privé de ce maillon économique qui ne perd pas de son attractivité. Avec la nouvelle règlementation, en effet, le rôle du secteur privé est redéfini aux côtés de la SOBIMAP. (A suivre…)
Ahmed Traoré (cheick.av@gmail.com)
Sentinelle BF









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