Les États-Unis ont expulsé plus de 25 000 personnes vers des pays tiers, l’Afrique fortement sollicitée, selon une enquête

Les États-Unis ont renvoyé au moins 25 447 personnes vers 28 pays tiers entre le 20 janvier 2025 et le 31 août 2026, révèle une enquête du consortium Forbidden Stories publiée lundi 21 septembre 2026. Ces expulsions ne visent pas seulement des renvois vers les pays d’origine, mais aussi vers des États sans lien avec les personnes concernées.
Intitulée « The Deportation Project », l’enquête a mobilisé 72 journalistes de 15 pays pendant six mois, et une centaine d’entretiens ont été réalisés. Elle décrit un dispositif au cœur de la politique migratoire de l’administration Trump. Durant sa campagne, le président américain avait promis la plus vaste opération d’expulsion de l’histoire du pays.
Selon les données compilées, environ 20 000 personnes ont été transférées vers le seul Mexique, les autres l’ayant été notamment vers l’Afrique, l’Amérique latine et le Pacifique. Au moins 105 vols ont été identifiés, mais ce décompte reste incomplet.
Ces transferts reposent sur des accords dont le contenu n’est pas public. Washington en a conclu avec 35 pays, dont 28 les ont effectivement mis en œuvre, et leurs contreparties restent opaques. Un service du département d’État, le Bureau de la remigration, créé en mai 2025, a mené l’essentiel des négociations et des paiements. Les États-Unis ont affecté au moins 410 millions de dollars aux pays d’accueil ou à des agences de l’ONU intervenant dans les retours.
Le continent africain est particulièrement concerné. Selon Forbidden Stories, 49 des 54 pays d’Afrique ont été approchés pour accueillir des personnes expulsées. Une enquête de l’AFP avait fait état début 2026 de pressions de Washington, telles que des menaces de droits de douane, de suspension de visas ou de réduction de l’aide.
Au Cameroun, les États-Unis ont signé un protocole d’entente en décembre 2025 sur l’accueil d’expulsés. Une semaine après cette signature, Washington a conclu un programme d’aide en matière de santé d’environ 400 millions de dollars sur cinq ans. Le premier avion transportant des personnes expulsées est arrivé le 14 janvier 2026. L’Eswatini a, pour sa part, reçu cinq millions de dollars pour accueillir 32 personnes.
Le Burkina Faso avait, quant à lui, pris position dès octobre 2025. Le ministre des Affaires étrangères, Karamoko Jean-Marie Traoré, avait affirmé que le pays avait refusé une proposition de l’administration Trump d’accueillir des expulsés des États-Unis, la jugeant contraire aux valeurs de dignité. Cette déclaration était intervenue peu après la suspension, par l’ambassade américaine à Ouagadougou, de la majorité des services de visa, sans explication.


Sentinelle BF