Disparition de Cheikh Hamidou Kane : la plume de « L’Aventure ambiguë » s’est éteinte à 98 ans

Le Sénégal et la littérature africaine sont en deuil. L’écrivain et homme d’État Cheikh Hamidou Kane, auteur de « L’Aventure ambiguë », est décédé le samedi 3 octobre 2026 au soir à Dakar, à l’âge de 98 ans. Le président Bassirou Diomaye Faye a salué un livre qui a donné à des générations d’Africains les mots pour s’ouvrir au savoir du monde sans rien perdre de leur identité.

Le Premier ministre, Ahmadou Alhaminou M. Lo, a pris part dimanche à la cérémonie de levée du corps à l’hôpital Fann, à la tête d’une délégation gouvernementale, et a transmis à la famille les condoléances du chef de l’État. Selon l’Agence de presse sénégalaise (APS), l’écrivain a été inhumé dimanche après-midi au cimetière musulman de Yoff, à Dakar, en présence de proches, d’amis et d’autorités gouvernementales et religieuses. Les ministres Cheikh Tidiane Dièye (Hydraulique et Assainissement), Moustapha Guirassy (Éducation nationale) et Ibrahima Sy (Santé et Hygiène publique) lui ont rendu un dernier hommage. M. Dièye a rappelé un homme attaché à sa foi, nourri d’un solide apprentissage du Coran et doté d’une grande ouverture d’esprit, qui avait posé très tôt de grandes questions à plusieurs générations. La ministre déléguée chargée de la Culture, Mame Coumba Diop, a salué sur Facebook un « homme de conviction », en soulignant sa rigueur et son humilité.

Né le 2 avril 1928 à Matam, dans le nord du Sénégal, Cheikh Hamidou Kane grandit dans une famille lettrée. Il suit d’abord un enseignement coranique traditionnel, puis entre à l’école française à l’âge de dix ans. Il part ensuite à Paris, où il étudie la philosophie et le droit, avant de rentrer au Sénégal en 1959 pour embrasser une carrière dans l’administration.

Cette double formation, entre savoir islamique et culture occidentale, irrigue toute son œuvre. Rédigé dans les années 1950, « L’Aventure ambiguë » paraît en 1961 aux éditions Julliard et Présence africaine. Le roman, en partie autobiographique, suit Samba Diallo, jeune homme du pays des Diallobé envoyé étudier à Paris, déchiré entre la fidélité à ses racines et l’attrait de l’Occident. Dès 1962, ce texte vaut à son auteur le Grand Prix littéraire d’Afrique noire. Traduit dans une quarantaine de langues, il est devenu un classique, étudié dans de nombreux établissements du continent.

Il faut attendre 1995 pour que paraisse son second roman, « Les Gardiens du temple », chez Stock, après plus de trois décennies de silence littéraire. L’auteur n’aura ainsi signé que deux romans, mais cette œuvre lui a valu une reconnaissance durable, jusqu’au Grand Prix des mécènes en 2019.

Parallèlement à l’écriture, Cheikh Hamidou Kane a servi l’État. Il a été gouverneur de la région de Thiès et commissaire au Plan sous le Premier ministre Mamadou Dia, puis ministre du Développement industriel et de l’Artisanat et responsable du ministère du Plan et de la Coopération. Il a aussi travaillé pour l’UNICEF, à Lagos puis à Abidjan.

Plus de six décennies après sa parution, la question posée par « L’Aventure ambiguë » sur l’identité, l’éducation et la rencontre des cultures reste d’actualité. En quittant la scène à 98 ans, l’écrivain laisse une pensée appelée à dialoguer avec les générations à venir.
Sentinelle BF