A Abidjan, l’affaire du déguerpissement du quartier Houphouët-Boigny, dit « Campement », dans la commune de Koumassi, continue de mobiliser la justice ivoirienne. Le procureur de la République près le Tribunal de première instance d’Abidjan, Koné Braman Oumar, sest de nouveau présenté publiquement pour faire le point sur cette affaire qui a bouleversé l’opinion depuis le mois de juin dernier.
Le 3 juin 2026, des engins de démolition ont rasé une large portion du quartier Campement, laissant des centaines de familles sans abri en pleine saison des pluies. Les opérations, sécurisées par des forces de l’ordre, avaient été présentées par leur instigateur, Alloui Brou Jacques, comme l’exécution d’une décision de justice lui reconnaissant des droits sur environ 34 hectares.
Dès le 10 juin 2026, le parquet d’Abidjan avait démenti cette version des faits. Le procureur avait alors précisé que la décision judiciaire invoquée ne portait que sur cinq habitations et n’autorisait en aucun cas une démolition de cette ampleur, la demande présentée par Alloui Brou Jacques ayant même été rejetée par le tribunal.
Après plusieurs semaines de recherches, Alloui Brou Jacques a été interpellé le 18 juin 2026 à Port-Bouët. Il a ensuite été déféré, le 29 juin, devant la section antiterroriste du Tribunal de première instance d’Abidjan, où une information judiciaire a été ouverte à son encontre, assortie d’un mandat de dépôt. Il lui est reproché des faits de trouble à l’ordre public, de publication de fausses nouvelles, ainsi que de destruction volontaire d’immeubles et de dégradation de biens appartenant à autrui, des infractions prévues par plusieurs articles du Code pénal ivoirien.
Plusieurs personnalités ont été entendues dans le cadre de l’enquête, notamment le maire de Koumassi, un responsable technique du District autonome d’Abidjan, ainsi que le dirigeant de l’entreprise ayant fourni les engins de démolition.
Le dossier continue d’alimenter la controverse, notamment sur l’identité des véritables commanditaires de l’opération et sur les responsabilités administratives dans son déroulement. La Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance a annoncé l’ouverture de vérifications sur les conditions dans lesquelles Alloui Brou Jacques, ancien adjoint au maire chargé du domaine entre 1988 et 2000, aurait pu acquérir une telle superficie de terrain.
Sur le plan politique, la démolition a suscité de vives réactions, y compris au sein de la majorité présidentielle. Le président Alassane Ouattara a assuré que les responsabilités seraient établies et que les auteurs de ces actes seraient sanctionnés conformément à la loi. Le gouvernement a par ailleurs apporté une aide financière aux familles sinistrées, relogées dans un centre d’accueil provisoire. Malgré ces aides, obligées de résider provisoirement dans des établissements scolaires, certaines victimes sont toujours obligées de cohabiter avec les élèves alors qu’ils ont repris le chemin de l’école depuis ce 15 septembre.
Le parquet a réaffirmé sa détermination à faire toute la lumière sur cette affaire, qui reste pendante devant la justice ivoirienne.
Sentinelle BF









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