Chambre d’agriculture du Burkina : Une hibernation qui dure…

Le gouvernement burkinabè n’est pas allé du dos de la cuillère sur le dossier de la Chambre d’agriculture le 26 décembre 2024. A la sortie du Conseil des ministres, le Commandant Ismaël Sombié, Ministre de l’Agriculture, des Ressources animales et Halieutiques, fait savoir à l’opinion publique la décision du gouvernement de procéder à la dissolution des Assemblées consulaires des Chambres d’Agriculture du Burkina Faso.  Sur les raisons de cette décision, le Commandant Sombié égrène une panoplie de griefs. Il fera en outre deux (2) précisions majeures. La première est que la décision met seulement un terme au mandat des élus consulaires des Chambres d’Agriculture. Les Secrétaires généraux ont d’ailleurs été mandatés pour assurer l’intérim de la gestion administrative de ces structures placées sous les tutelles de la Direction générale du Foncier, de la Formation et de l’Organisation du Monde Rural (DGFOMR) pour ce qui est de la Chambre Nationale d’Agriculture (CNA) et des Directions régionales d’Agriculture, des Ressources animales et Halieutiques pour ce qui est des Chambres Régionales d’Agriculture (CRA). La deuxième (2ème) est une volonté affichée des autorités d’ouvrir la voie à une réforme des Chambres d’Agriculture en vue de les rendre plus efficaces et en phase avec la dynamique socio-politique du Burkina Faso. Près de quinze (15) mois après cette décision où en est-on ? Quels types de réformes faut-il opérer pour bâtir une Chambre d’agriculture révolutionnaire ? (Éléments de réponses))

Le monde agricole burkinabè se dirigeait vers une impasse encore plus profonde en ce dernier mois de l’année 2024. Le mandat des élus consulaires de la Chambre Nationale d’Agriculture (CNA) et des Chambres Régionales d’Agriculture (CRA) arrivait à échéance, après une première prorogation d’une année ; et tout indiquait que le renouvellement des instances n’allait se tenir. A l’interne les discussions sont houleuses, des scénarios sont imaginés, proposés mais aucun ne semble être retenu. Les contradictions sont fortes et révèlent un pan du mal profond qui gangrène depuis belle lurette cette structure porte-voix des acteurs du monde rural. Face à l’impasse, les élus consulaires des Chambres d’agriculture engagent un baroud d’honneur ; celui de rencontrer le premier responsable du département en charge de l’Agriculture, des Ressources animales et Halieutiques pour un exposé de la situation et convenir d’une solution commune.Mais, il était déjà trop tard. Un rapport diagnostic des Chambres d’Agriculture était déjà sur la table du gouvernement burkinabè pour analyse et suite à donner.

La décision est sans appel ce jeudi 26 décembre 2024. Après analyse du rapport sur les Chambres d’Agriculture, le gouvernement qui était réuni en Conseil des ministres, décide de l’adoption d’un décret « portant dissolution des Assemblées consulaires des Chambres d’agriculture du Burkina Faso. » La décision du gouvernement burkinabè s’appuie sur un bilan dressé de deux (2) décennies d’existence des Chambres d’agriculture. Il a regretté de constater que les Chambres d’agriculture restent encore tributaires des subventions de l’Etat après plusieurs décennies d’existence. « Le fonctionnement des Chambres d’agriculture dépend largement des subventions étatiques évaluées en moyenne à deux cent vingt-cinq millions (225 000 000 Fcfa) par an, alors que celles-ci étaient sensées se prendre en charge à travers la mobilisation des ressources propres. » a écrit le compte rendu du conseil des ministres. Le gouvernement reproche également « une politisation des instances de ces Chambres avec une volonté souvent affichée de certains élus de demeurer toujours à leurs postes, occasionnant parfois la non-tenue des élections à bonne date et la prorogation des mandats. » Le compte rendu de la rencontre gouvernementale indique par ailleurs que les autorités ont relevé « des difficultés de collaboration entre la tutelle technique et les Chambres d’agriculture. » Pour enfoncer le clou, le gouvernement dit noter « un faible impact » des Chambres d’agriculture « sur le développement rural » au Burkina Faso.

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Malgré cette panoplie de griefs justifiés, reprochés aux Chambres d’agriculture, le gouvernement semblait bien garder un intérêt certain pour les Chambres d’agriculture car la décision gouvernementale dissout les Assemblées consulaires certes, mais maintient les Chambres d’agriculture comme des institutions du Burkina Faso. Les Secrétaires généraux ont été mandatés pour assurer l’intérim de la gestion administrative de ces Chambres. La CNA a été placée sous la tutelle technique de la Direction générale du Foncier, de la Formation et de l’Organisation du Monde Rural (DGFOMR) et les CRA sous la tutelle technique des Directions régionales de l’agriculture, des ressources animales et halieutique. Mieux, le gouvernement indique que cette période transitoire devrait permettre de réfléchir sur « le devenir des Chambres d’agriculture » et de mener « des réflexions plus approfondies en vue de réaliser un diagnostic organisationnel objectif et de redéfinir de nouvelles modalités de renouvellement des mandats des élus des Chambres d’agriculture. » Il s’agit en bref de bâtir des Chambres d’agriculture en phase avec la dynamique révolutionnaire en cours au Burkina Faso.

Quinze (15) mois après la décision de dissolution des Assemblées consulaires des Chambres d’agriculture du Burkina, la nouvelle version des Chambres d’agriculture n’est pas encore sortie de terre. Des concertations se mènent de façon sectorielle et surtout informelle à divers niveaux sur les réformes pertinentes à opérer pour des Chambres d’agriculture modernes à même de pouvoir jouer un rôle dans la dynamique de conquête de la souveraineté alimentaire et nutritionnelle du Burkina Faso. Même si les producteurs, les organisations paysannes, les techniciens proches du dossier perdent leur langue lorsque le micro leur ait tendu pour évoquer la question des Chambres d’agriculture et des réformes qu’ils proposeraient à l’autorité, il est évident que l’autorité ne prendra en compte que des propositions de réformes qui permettront d’abord de lever les contraintes qui ont justifiées la dissolution des Assemblées consulaires de la Chambre d’agriculture. Il s’agit donc de faire des propositions de réformes qui vont rassurer le gouvernement que les Chambres d’agriculture seront à l’abri de toute influence politique et qu’elles seront exclusivement dédiées au développement et à la prospérité du monde rural en général. Cette proposition doit prendre en compte le mode de désignation des futurs responsables des différentes instances. Il faudra à ce titre que les acteurs fassent preuve d’ingéniosité pour s’accorder sur un mode de désignation innovant. Le gouvernement saura aussi apprécier les propositions de réformes qui permettront aux Chambres d’agriculture d’être moins dépendantes des subventions de l’Etat, et même être une puissante entité à l’image de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Burkina Faso (CCI-BF). Les propositions de réformes devront également permettre de rassurer l’autorité quant à l’impact que les Chambres d’agriculture pourront avoir sur le développement du monde rural en général. Il s’agit là des réformes de fond sur lesquelles il faudrait réfléchir. D’autres types de réformes pourraient prendre en compte par exemple la nécessité ou non d’un changement de dénomination des Chambres d’agriculture. Il faut bien l’admettre, la dénomination Chambre d’agriculture n’est pas inclusive pour nombre d’acteurs. Tandis que les acteurs de la production végétale considéraient cette institution comme leur chasse-gardée, les autres acteurs du monde rural eux se sentaient ostracisés par et dans cette structure.

Ahmed Traoré (Cheick.av@gmail.com)

Sentinelle BF